PrEP VIH à Lubumbashi: Entre défis et incertitudes

Le VIH demeure un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire comme la République démocratique du Congo (RDC). 

La Région africaine de l’OMS est touchée de manière disproportionnée par le VIH où près d’un adulte sur 30 vit avec, soit plus des deux tiers de la population mondiale séropositive [OMS, 2025]. 

Bien que les estimations nationales précises soient limitées, l’ONUSIDA rapporte qu’environ 610 000 enfants et adultes congolais vivent avec le VIH, et que 13 000 à 29 000 nouvelles infections surviennent chaque année, ce qui concorde avec le rapport national de la RDC de 2024 sur le suivi du VIH, qui estime l’incidence à 0,17 [1, 2, 3].

Ces dernières années, les efforts visant à réduire l’incidence du VIH et à améliorer l’accès aux traitements antirétroviraux (TAR) se sont intensifiés. La prophylaxie pré-exposition (PrEP), qui consiste en l’utilisation de médicaments antirétroviraux par les personnes séronégatives à haut risque, est reconnue par l’OMS comme une stratégie efficace de prévention du VIH [3].  Il est démontré que la PrEP réduit significativement la transmission du VIH au sein de populations telles que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et les travailleuses et travailleurs du sexe, groupes présentant une prévalence du VIH particulièrement élevée, certaines études faisant état de taux atteignant 23,7 % en RDC [4, 5].

En RDC, le ministère de la Santé a publié des recommandations nationales pour la prescription de la PrEP en 2016, et sa mise en œuvre initiale a eu lieu en 2018 en collaboration avec l’ICAP (Université Columbia) et les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Cette mise en œuvre initiale concernait quatre sites à Kinshasa et trois à Lubumbashi, la deuxième plus grande ville du pays [6, 7]. Malgré cela, l’accès à la PrEP demeure un problème auquel font face beaucoup de jeunes,  notamment ceux qui en ont le plus besoin[1].

Beaucoup d’études ont été réalisées sur les barrières auxquelles font face les populations clés sur l’accès à la PrEP et le stigma, interne ou externe, est à ne pas négliger,  surtout dans un contexte social et légal dur pour certaines parties de la population,  dans un milieu congolais de plus en plus hostile aux mouvements homosexuels.

À juste titre, on peut se demander où en est l’État avec la riposte contre le VIH. Il y a-t-il aujourd’hui plus de centres destinés à la PrEP qu’en 2018 ? Comment l’État veut-il s’organiser après le démantèlement de l’USAIDS, acteur clé de la riposte anti-VIH en RDC ? 

Les questions ne s’arrêtent pas là. Où en sont les professionnels de santé, les médecins généralistes en particulier, sur leurs connaissances et attitudes face à la PrEP qui, encore une fois, a été prouvée en mesure de réduire de 90% l’incidence du VIH dans les populations clés.

Sur ce dernier point, peu d’études ont évalué les connaissances, les attitudes et les pratiques de prescription des médecins concernant la PrEP, en particulier chez les médecins généralistes, acteurs clés de la prévention du VIH. Ces derniers constituent le groupe de médecins le plus important en RDC [8] et sont donc susceptibles d’influencer l’accès à la PrEP. Cependant, les données relatives à leur point de vue à Lubumbashi restent rares.

References

  1. UNAIDS. 2025. “Democratic Republic of the Congo | UNAIDS.” June 10, 2025. https://www.unaids.org/en/regionscountries/countries/democraticrepublicofthecongo.
  2. WHO. [Internet] “HIV.” 2025. July 15, 2025. https://www.who.int/data/gho/data/themes/hiv-aids.
  3. Programme National Multisectoriel de Lutte contre le Sida (PNMLS). 2024 Rapport National de Suivi de la Riposte au VIH/Sida. PNMLS; 2024. Accessed October 15, 2025. 
  4. O Murchu E, Marshall L, Teljeur C, Harrington P, Hayes C, Moran P, Ryan M. Oral pre-exposure prophylaxis (PrEP) to prevent HIV: a systematic review and meta-analysis of clinical effectiveness, safety, adherence and risk compensation in all populations. BMJ Open. 2022 May 11;12(5):e048478. doi: 10.1136/bmjopen-2020-048478. PMID: 35545381; PMCID: PMC9096492.
  5. Inungu, Joseph N, Jonas M Ndeke, Shayesteh Jahanfar, Frank Snyder, Ossam J Odio, and Angela Okonji. 2019. “HIV Prevalence and Related Risk Behaviors among Men Who Have Sex with Men in Kinshasa, the Democratic Republic of the Congo.” European Journal of Environment and Public Health 4 (1). https://doi.org/10.29333/ejeph/5975.
  6. Franks J, Teasdale C, Olsen H, Wang C, Mushimebele N, Tenda Mazala R, Tchissambou T, Malele Bazola F, Bingham T, Djomand G, Mukinda E, Ewetola R, Abrams E, Reidy W. PrEP for key populations: results from the first PrEP demonstration project in the Democratic Republic of the Congo. AIDS Care. 2022 Mar;34(3):359-362. doi: 10.1080/09540121.2021.1969332. Epub 2021 Sep 8. PMID: 34495772; PMCID: PMC10627785.
  7. Olsen, Halli, William Reidy, Nadine Mushimbele, Richted Tenda, Serge Matumaini Kayembe, Guy Mukari, Tania Tchissambou, et al. 2019. “Roll-out of First HIV Pre-exposure Prophylaxis Services in the Democratic Republic of the Congo.” The Lancet Global Health 7 (March): S16. https://doi.org/10.1016/s2214-109x(19)30101-9.
  8. Ahuka, Ona. (2014). La cartographie des médecins spécialistes dans les quatre grandes disciplines cliniques ainsi que l’anesthésie-réanimation en République démocratique du Congo (RDC): État des lieux. Revue médicale des Grands Lacs. 3. 156-169. [Lien]

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